Le crime d’honneur

Un jeune homme pakistanais de 18 ans abat en pleine rue sa sœur aînée Hatun, 23 ans, de trois balles dans la tête : elle refusait de se soumettre à l’autorité familiale. Un homme turc vivant en Allemagne jette sa fille par la fenêtre du 4ème étage, aidé par son cousin. Par miracle, elle survit. Il l’accuse d’avoir « déshonoré » la famille en refusant le mariage arrangé qu’il lui imposait. Une jeune Pakistanaise de 21 ans, Hina Saleem, qui vit en Italie avec sa famille, est assassinée par ses parents car elle entretient une relation avec un Italien. Un crime dit « d’honneur » est un crime perpétré en réaction à un comportement perçu comme ayant apporté le déshonneur à une famille, et ayant donc enfreint le code d’honneur. La plupart des victimes, qui ne sont pas nécessairement auteures des faits reprochés, sont des femmes. Cette violence ultime a lieu généralement dans les circonstances suivantes : adultère, relations sexuelles avant le mariage, ou le fait d’avoir un enfant hors des liens du mariage (bien que l’honneur puisse être sauvé en organisant un « mariage forcé »), désobéissance face à l’autorité paternelle.

Peu coutumiers dans les régions du Nord, ils ont subsisté dans le Sud, en particulier dans les sociétés méditerranéennes où les codes d’honneur ont une valeur de norme sociale. Ces féminicides s’appuient sur les règles liées au lignage et à la transmission. Un époux veut s’assurer que sa descendance est bien issue de son sang, un père veut préserver la virginité de sa fille pour la marier à un homme qui sera assuré qu’elle n’est pas déjà enceinte. L’« honneur » de la famille est en fait l’exercice d’un contrôle sur le pouvoir reproductif des femmes. Un climat de terreur règne sur les femmes pour qu’elles se soumettent aux règles de chasteté et de fidélité qui leur incombent. En Grande Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d’une famille ».

Dans les sociétés où ils sont perpétrés, les crimes d’honneur sont considérés comme relevant du domaine privé et la Justice poursuit rarement les criminels. Selon un rapport d’Amnesty International de 2008 sur la situation des droits humains en Jordanie, « les auteurs de ces crimes sont condamnés à des peines légères […] un tribunal pénal a condamné un homme à six mois d’emprisonnement pour le meurtre de sa sœur, célibataire, les juges ayant accepté qu’il l’ait tuée dans un accès de rage après qu’elle eut confié qu’elle était enceinte… ». Le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme, a signalé que dans deux tiers des cas environ, la famille de la victime retire la plainte déposée contre l’auteur des violences, pour lequel il devient d’autant plus facile d’obtenir une peine plus légère.

Le « crime d’honneur » est un euphémisme qui désigne des féminicides impunis qui terrorisent l’ensemble des femmes dans une société. Bien souvent, l’adultère n’est qu’un prétexte invoqué. Ces crimes machistes sont perpétrés dans un climat de contrôle et d’appropriation du corps des femmes, dans une impunité quasi-totale.

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