Asie

Chine : les féminicides à la naissance 

La Chine est tristement célèbre pour ses meurtres de petites filles à la naissance. A ce féminicide de masse s’ajoutent des violences inouïes commises envers les mères qui sont obligées, le plus souvent par leur belle-famille, de tuer elle-même leur enfant. Certaines femmes sont avortées de force lorsqu’elles sont enceintes d’une fille.

Ces crimes de masse s’expliquent par la conjonction entre plusieurs facteurs : une préférence pour les garçons avec un rôle subalterne pour les femmes, qui remonte au confucianisme. La structure des familles traditionnelles veut que les couples mariés s’installent chez la famille du mari pour subvenir à leurs besoins. Avoir un garçon représente la garantie d’être pris en charge après la retraite. Au contraire une fille, une fois mariée, quittera le foyer. Elle est considérée comme une charge économique sans retombées.

La politique de l’enfant unique instaurée en 1979 aggrave la situation des femmes. Puisque les couples n’ont droit qu’à un seul enfant, la famille du mari veut un fils, à tout prix.

Ces féminicides de masse commis sur plusieurs générations entraînent ce qu’on appelle pudiquement un “déséquilibre du ratio des sexes”. En effet, on compte 5 % d’hommes de plus que dans le ratio mondial, ce qui représente 40 millions d’individus. Il est d’usage de présenter ce problème en se concentrant sur la détresse des familles qui ne trouvent pas d’épouses pour leur fils, ou sur la frustration sexuelle des hommes. On occulte le fait que des milliers de femmes sont déportées d’Asie du Sud Est pour des mariages forcés ou pour être prostituées, et surtout on rend les femmes tuées invisibles, niées une seconde fois.

 

Avoir une fille en Inde, une “malédiction” pour la famille.

En Inde, société à la misogynie tenace, la préférence pour les garçons est la règle. «Dans notre caste des Maratha, on appelle le garçon la «lumière de la maison», car il va perpétuer le nom de la famille et prendre soin des parents. Alors que la fille, elle, part dans le foyer de son mari et prend son nom. Il faut donc un homme dans une famille.» explique une femme indienne, Supriya (reportage France Inter, 2 décembre 2011).

C’est sans compter la dot qui doit être rassemblée pour le mariage d’une jeune fille. Dans les états où ce fonctionnement est la règle, avoir une fille est un fardeau et une malédiction. Par ailleurs, ce sont souvent des familles riches et éduquées qui privilégient les garçons. Avoir un garçon est considéré comme une réussite sociale en soi.

Dans ce contexte, les féminicides à la naissance sont massifs, à tel point que le pays a l’un des ratios de sexe les plus déséquilibrés au monde. Les petites filles sont empoisonnées ou étouffées dès les premiers jours après la naissance. Au cours des trois dernières décennies, environ douze millions de grossesses n’ont pas été menées à terme en raison du sexe du foetus, estime le Centre de recherche en santé mondiale de Toronto. Et ce malgré la loi de 1994 qui interdit le diagnostic prénatal pour connaître le sexe de l’enfant. La militante Varsha Deshpande parle de “génocide des fœtus féminins”.

Ce phénomène ne touche d’ailleurs pas que l’Asie. Le CEPED-Institut de recherche pour le développement et l’INED ont réalisé une étude sobrement intitulée «  La masculinisation des naissances en Europe orientale », qui concerne l’Albanie, le Kosovo, l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

 

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